Lettres à Marianne Brandt
Dire un nom

Ma recherche sur Marianne Brandt a un début et ce début est un portrait (un auto-portrait ?).
Le sien, buste de face, regard noir, sur un des balcons de l’école du Bauhaus à Dessau en 1928.
Etienne Robial me l’avait offert en 2008. Je connaissais sa théière de 1924 et ses lampes, très identifiées
et emblématiques, reproduites dans tous les ouvrages sur le Bauhaus que j’avais lus et chinés,
indissociables de cette histoire. Mais d’elle je ne savais rien, alors j’ai cherché.

Le Bauhaus Archiv de Berlin a été ma base de départ. Puis Weimar, Dessau (où était installé le Bauhaus),
et Chemnitz (sa ville natale). Faire le chemin, entrer dans les bâtiments, retrouver les adresses, ça permet
de sentir un climat. Avoir entre les mains sa correspondance, rouvrir les lettres, tenter d’en comprendre
l’important, explorer ses photographies, ses dessins, ses carnets, ça dessine une trajectoire.
La chercher sur les photographies de groupe desquelles elle est anormalement absente, imaginer sa place
dans un collectif puissant fait d’hommes et de maîtres charismatiques, découvrir qu’elle s’est racontée
parallèlement par l’auto-portrait quasi systématique, comme un regard permanent posée sur elle,
ça intensifie la trajectoire.

Pour arriver à elle il faut traverser les premiers rangs, contourner ceux debout devant, les maîtres.
Ne jamais perdre de vue que c’est une femme, arrivée en 1923 dans une école que son directeur,
Walter Gropius, voulait progressiste mais où les étudiantes avaient leur place indiquée :
le tissage ou la peinture. Pour elle, non, ça a été l’atelier métal. Mesurer la persévérance qu’il lui a fallu
pour y rester, jusqu’à en devenir maître. Comprendre que c’est elle qui y a dessiné la plupart des objets
devenus les manifestes du Bauhaus. Confirmer l’intuition de départ, Marianne Brandt est aussi
incontournable que méconnue.

En m’attribuant une aide à la recherche en 2013, le Centre national des arts plastiques a permis une nouvelle
phase, faire d’une enquête une histoire à raconter. Lettres à Marianne Brandt est le premier pas de ce récit,
26 lettres en échos aux théières, cendriers, lampes et encrier qu’elle a dessinés, entre rigueur imposée
par l’industrialisation et intuition visuelle héritée de la peinture : un alphabet hommage, comme un cheval
de Troie pour faire entendre son nom.

Stéphane Dupont






Marianne Brandt est une figure majeure de l’école du Bauhaus, à la fois designer, photographe
et seule femme à avoir été maître de l’atelier métal ; elle reste méconnue en dépit du rôle
fondamental qu’elle y a joué et de la grande qualité de ses réalisations. La graphiste Stéphane
Dupont mène un travail de recherche sur son parcours et lui rend hommage par la création
d’un alphabet inspiré de son langage formel.
L’exposition présente sa recherche graphique et les documents d’archives, et dévoile l’alphabet
composé à partir des objets dessinés par Marianne Brandt. Elle permet au public d’appréhender
le processus du dessin de lettres, de l’intention de départ jusqu’à l’alphabet.

Exposition à la galerie My Monkey (Nancy) du 7 septembre au 20 octobre 2017 > www.mymonkey.fr
En partenariat avec le Cnap, Adagp, Copie Privée, Goethe Institut Nancy,
Ecole Nationale -Supérieure d’Art et de Design de Nancy, Anrt Nancy et Alessi